Festival: Retour sur le Nice Jazz Festival

Le Nice Jazz Festival a vécu ses derrières soirées dans le site magnifique de Cimiez, entre le jardin des oliviers, la scène adossée au Musée Matisse et les arènes. L’an prochain, il déménagera en ville, au Théâtre de Verdure, et parmi les prétendants à la reprise de la direction de cette manifestation, Prince et son producteur se seraient mis sur les rangs.
Le 17 juillet, l’affiche était très éclectique. Ornette Coleman, costume bleu lamé, éternel chapeau mou sur la tête, dos légèrement vouté, se présentait en début de soirée. La sonorité maitrisée, le blues jamais très loin, sa prestation surprenait un public pas forcément rompu à cette façon de travailler mélodie, harmonie et couleurs, par touches, dans un art de la construction patient et remarquablement intelligent.
Philip Bailey, chanteur d’Earth Wind & Fire, équipé de son oreillette, dans le public, près à filer assurer son propre show, tenta d’en capter le maximum. Côté jardin, Sharon Jones et ses Dap Kings avaient fait le métier. Sans génie, mais avec une vraie générosité. La soulwoman est a son meilleur quand ses comparses lui offre de nouveaux thèmes, et pas seulement des tourneries façon JB’s où la comparaison avec l’original est cruelle.
Earth Wind & Fire, avec le trio fondateur Ralph Johnson, Verdine White et Philip Bailey, ouvrit son set avec « Boogie Wonderland ». Puis, le groupe, sans apparat, ni costumes, ni jeux de lumières ou autres effets pyrotechniques, contrairement à certaines époques, s’est centré sur le répertoire de sa grande époque, la première, celle des années soixante-quinze, de « That’s The Way Of The World », « Shining Star », « Got To Get You Into My Life », « Getaway ». Où ressortait la richesse des compositions et des arrangements (cuivres compris) d’un groupe de vétérans en pleine possession de son art, jouant pour le plaisir, un afro-jazz-funk à la fois brillant et immédiatement communicatif. Les tubes aidant (une incroyable série de titres fantastiques: « Sun Goddess », « In The Stone », « Fantasy », « Let’s Groove»), pulsés par la basse phénoménale de Verdine White, EW&F transformait le NJF en dancefloor à ciel ouvert.
Le lendemain, le 18 juillet, la petite Nikki Yannofsky, seize ans, faisait sa première sur la scène Matisse. D’une aisance folle, beaucoup de fraicheur : on devrait reparler de cette jeune fille déjà adoubée par Quincy Jones et Herbie Hancok à Montreux, quelques jours plus tôt. Dr. John attendu, avec la parution d’un très convaincant nouveau cd intitulé Tribal, n’a pas jamais paru capable de faire décoller un set poussif, une gageure pour un artiste passé maître dans l’art de corser le son néo-orléanais d’un funk poisseux irrésistible. Ron Carter, avec Mulgrew Miller et Russell Malone: dans un contexte extrêmement élégant, le trio jazz classique donnait à entendre une relecture des standards d’un grand raffinement.
Le 19, Al Jarreau, quelques jours avant un problème de santé qui fit craindre le pire, revint avec bonheur à son répertoire des années soixante-dix. Délaissant les hits crossover de sa période faste, il retrouva ce son jazz soul nuancé, celui de l’album We Got By, avec « You Don’t See Me », « Sweet Potato Pie », de This Time, avec le charme naturel et le tact que lui confèrent l’expérience et l’envie de renouer avec l’essence de son style.
Le 20, Le blues prenait le pouvoir, avec un Robert Cray alternant chansons élaborées et titres plus musclés. Toujours avec prestance, sans forcer. Ses solos au cordeau sont précis, construit. Il ne lui manque que ce supplément de ferveur et de rage pour définitivement emporter complètement l’adhésion et susciter l’enthousiasme de l’auditoire. Un savoir-faire que Buddy Guy possède sur le bout des doigts. A soixante-quatorze ans, le bluesman a mené son concert comme un jeune homme, avec des chorus méchants. On le sait parfois susceptible de tremper son Chicago Blues dans de l’encre sympathique, avec des routines faciles. Cette fois, le bon Buddy a mis le feu au jardin, en performer né, avec une virée dans la foule ravie.
Photo: Buddy Guy par Romain Grosman
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